Voilà une fracture pour laquelle la récupération totale est longue, très longue. Aussi je vais essayer d'en faire un bilan un an après. Si des progrès très importants ont été accomplis il reste encore des étapes à franchir, en particulier l'enlèvement du matériel qui m'avait permis de marcher 3 jours après l'opération. Mais ce n'est pas le seul problème.

 

D'abord un petit rappel...

 

car il y a fracture et fracture pour le col du fémur et toutes les expériences ne sont pas comparables, loin s'en faut !

 

Ce fut donc une chute violente sur la hanche gauche en dérapant en vélo sur du verglas dans une descente. Puis 50m de glissade sur la hanche avant de s'arrêter en bas de la descente, la veille de Noël. Fracture per-trochanterienne  pratiquement sans déplacement, une chance avec cette glissade ! Opéré le lendemain matin par le Père Noël bien sûr qui installe une vis-plaque dite THS : une grosse vis qui traverse tout le col jusqu'à mi tête de fémur où elle vient buter sur le cotyle, la  partie la plus résistante de la tête. Puis une plaque qui verrouille la vis le long du fémur et qui est tenue par 3 vis étroites mais longues, traversant tout le fémur.

 

Tout cela est destiné à être enlevé mais avant il a fallu l'installer ! Et pour cela ouvrir sur 14 cm, donc couper muscles, vaisseaux, petits nerfs...Les conséquences de l'opération sont plus graves que la fracture elle-même. Pendant plusieurs mois on risque un caillot et donc une phlébite et ses conséquences, le cas échéant mortelles si le caillot passe...Il y a les anesthésiants qui sont autant de polluants qui persistent dans le corps même si on n'en perçoit pas les effets de façon visible. Il y a les antidouleurs, indispensables pendant les premiers jours si on n'est pas un fakir. Il y a le contact de l'os avec le métal, juste au niveau de l'appui. Le contact de la plaque avec la chair blessée, sur 14 cm le long du fémur. Les muscles qui ne réagissent plus et qui fondent. La circulation veineuse qui se fait moins bien avec l'inévitable oedème. Le risque de tomber sur le métal qui pourrait casser l'os...La peur au ventre en vélo...La crainte de ne pas tout récupérer, même simplement pour monter sur un escabeau.


Et puis, il faudra y retourner sur la table d'opération : nouvelle anesthésie, ouvrir, couper...et se retrouver quelques temps avec un col du fémur fragilisé par le trou béant laissé par la grosse vis. Le chirurgien m'a prévenu : pendant un mois il faudra marcher avec 2 béquilles ! Donc ne prendre aucun risque et vivre comme un handicapé.


Comment vivre tout cela ? Je vais essayer de faire mon bilan, qui n'est valable que pour moi mais peut aider quelques autres blessés du col. Ce blog vélo est devenu 6 mois après son ouverture, un blog sur la fracture du col du fémur ! Vous êtes nombreux à venir le visiter, alors, si mon expérience peut servir à quelques uns tant mieux !


Mais ATTENTION, c'est une expérience, un témoignage avec ses ratés et ses mauvais choix, en aucun cas pour dire ce qu'il faut faire ou ne pas faire.

 

Marcher, monter les escaliers, porter...

 

Un an après, le problème posé par l'appui sur la hanche gauche n'est pas totalement éliminé. Il ne le sera sans doute pas tant que le métal sera en place car il est en contact avec l'os au niveau de l'appui. La sensation est variable et paraît très sensible aux positions statiques adoptées dans le lit ou en étant assis. Par exemple, je constate qu'il vaut mieux éviter de croiser les jambes car cela doit exercer une traction sur le métal qui génère ensuite une gêne sensible. De même, il vaudrait mieux éviter de dormir sur le côté, les 2 sont nocifs, et garder la jambe bien dans son axe. Pourtant, l'os est bien consolidé mais le métal est là et ce type de matériel n'est pas destiné à être gardé.

 

Je ne pourrais pas faire beaucoup de kilomètres à pied sans utiliser une béquille pour soulager l'appui. Monter les escaliers sans se soutenir un peu à la rampe, c'est possible et il faut sans doute le faire mais je n'irai pas en haut d'un phare comme ça !

Il est plus facile de porter les objets un peu lourds côté gauche ( côté blessé) que côté droit, aussi paradoxal que ça puisse paraître. Cela s'explique ainsi : porté à gauche et le plus possible le long du corps, le poids s'exerce à l'aplomb de la jambe alors qu'à droite il va créer une traction latérale quand l'appui sera uniquement sur la jambe gauche.


Tenir l'équilibre sur une jambe comme un flamand rose est une posture classique et très connue du yoga (posture de l'arbre). Elle reste encore difficile pour moi. Six mois après l'opération je ne pouvais pas. Je m'y exerce mais pas question de le faire sans disposer d'un appui à proximité pour se lancer et se retenir en cas de déséquilibre. Ce n'est pas qu'une question de force, il est certain que les muscles répondent moins rapidement, or tenir un équilibre consiste à compenser constamment et instantanément les déséquilibres qui se produisent. Tout retard dans la réponse aggrave le déséquilibre et peut rendre impossible la compensation. Je n'ai pas encore totalement récupéré la rapidité de la réponse et il y a des tremblements oscillants encore trop prononcés pour donner toute sécurité dans une telle position.

 

Exactement 1 an jour pour jour après la fracture, le 24 décembre, je tente de monter les marches 2 par 2. C'est difficile quand c'est la jambe blessée qui est en haut et qu'il faut s'appuyer totalement sur elle mais je constate que la douleur provoquée ne persiste pas et que des progrès se manifestent les jours suivants. Je dispose de 2 escaliers : l'un avec des marches de 15cm et l'autre de 17,5, soit 5cm de plus pour 2 marches. La différence est énorme. Aussi je m'entraîne d'abord sur le plus facile. Je constate aussi que si je monte rapidement en enchainant c'est plus facile qu'en montant lentement. Ces exercices comparés me montrent la différence énorme entre les possibilités des 2 jambes.


Après avoir mis en ligne ce texte, j'ai poursuivi mes expériences sur 2 marches de 17,5cm. Je compare ce qui se produit quand j'attaque jambe droite (sur la marche la plus haute) ou jambe gauche. Sur la gauche je suis en déséquilibre quand je dois me rétablir. Puis, j'ai l'idée de tendre les muscles de la cuisse et du fessier gauches avant de faire l'effort et là ça va beaucoup mieux. Je confirme par plusieurs essais. Je pense avoir ainsi une démonstration  de mon hypothèse que c'est bien le temps de réaction des muscles qui est en cause : quand ils sont tendus avant de faire l'effort ils contrôlent beaucoup mieux le mouvement que quand ils doivent le faire pendant l'effort. J'ai là une très bonne piste de travail, du moins je pense, et désormais le travail sur 2 marches va faire partie de mes exercices quotidien et j'en espère vraiment des progrès rapides.

Je repense aussi aux appareils qui sollicitent électriquement des tensions musculaires rythmées, ils pourraient peut-être m'être utiles.

 

 

Circulation veineuse, œdème...

 

En octobre, près de 10 mois après l'opération, mon médecin percevait encore un peu d'oedème au bas du mollet. A la palpation je ne parvenais pas à le sentir mais j'avais effectivement une légère douleur dans cette zone. Il m'a proposé du ginko biloba. La douleur a disparu maintenant mais revient épisodiquement.  Il y a aussi la technique de la jambe en l'air ! Cela peut aider au retour veineux. On peut faire plus que simplement de garder la jambe en l'air : allongé sur le dos, soulevé tout le corps pour se maintenir en appui sur les épaules et le cou avec un soutien par les bras. C'est la posture de la chandelle (ou demi-chandelle) du yoga. Le retour veineux est alors plus important. On peut la garder plusieurs minutes avec un peu d'entrainement.

L'opération à venir, dans quelques mois mais je ne sais pas quand, relancera sans doute le problème.

 

Souplesse et étirements

 

Après l'opération les muscles ne s'étiraient plus, en particulier pour la flexion. Un exercice difficile fut de s'asseoir sur les talons sans que la cuisse souffre au niveau de la cicatrice. Ce fut douloureux longtemps et j'avais même renoncé à essayer. Aujourd'hui je peux rester au moins une minute dans cette position (posture du diamant en yoga qui demande de garder le buste bien droit au dessus des talons). Je ressens cependant encore une tension, un tiraillement au niveau de la cicatrice.   Tout n'est donc pas encore totalement réparé et il faudra de nouveau tailler dans le vif au même endroit !


Le 5 mai, 4 mois et demi après l'opération, le chirurgien me disait que j'avais tout récupéré...Il avait seulement fait 3 tests : me regarder marcher sur 3 mètres, puis, en position allongée, ramener le genou vers le thorax, puis, jambe tendue, la déplacer latéralement d'à peine 45°. Il n'était pas trop exigeant ! On peut faire beaucoup d'autres tests qui révèlent quelques limites...

D'une manière générale, c'est le problème de ce qu'on nomme " la santé publique" qui a tendance à niveler à un niveau très moyen d'exigence et à considérer que tout va bien si des critères très modestes sont seulement satisfaits. C'est en particulier ce qu'on observe avec les vaccins qui sont considérés comme étant "bons pour le service" avec des critères très insuffisants : ainsi le Gardasil a obtenu son AMM avec des études qui ne permettent pas de mettre en évidence des risques inférieurs à 1 pour 4000 vaccinés.  Autrement dit, si le vaccin provoquait 1 décès pour 5000 vaccinations cela aurait pu passer inaperçu. On s'étonne après qu'il y ait des problèmes de santé publique qui apparaissent à l'usage !


La peur au ventre ...

 

J'avais repris le vélo sur la route le 11 avril, 3 mois et demi après la chute. Avec un VTT aux pneus plus larges pour la sécurité et aux développements plus petits pour pouvoir monter les fortes pentes. Pendant plusieurs mois j'ai pédalé la peur au ventre et voyais du verglas partout ! Mon médecin m'a prescrit des doses de gelsemium en 9, 15 et 30CH qui ont été efficaces. Aujourd'hui je reste très prudent dans les descentes mais je n'ai plus cette peur  qui me tenait et avec laquelle je m'étais réveillé en pleine nuit.

Il y aurait  aussi la technique EMDR   qui pourrait être utilisée en pareil cas :

La technique paraît ultra simple puisqu'elle consiste en un mouvement alterné des yeux, de gauche à droite. Elle a été popularisée en France par le psychiatre David Servan Schreiber. Après un événement douloureux et violent, les sensations qui lui sont liées peuvent se réactiver au moindre rappel du traumatisme. Selon les  fervents de cette technique des mouvements oculaires rythmés permettraient de se libérer de ce rappel automatique. Les résultats seraient remarquables pour les stress post-traumatiques subis au cours de conflits, d'attentats, de catastrophes naturelles. A essayer ?


EMDR : Eye Movement Desensitization and Reprocessing, retraitement et désensibilisation par des mouvements oculaires.   

Qu'est-ce que l'EMDR ?

 


 

 

L'art d'enfourcher un vélo...

 

J'ai toujours une petite douleur au moment d'enfourcher le vélo ou d'en descendre, quand la jambe droite passe par dessus la selle et que le buste s'avance. Je suis alors en appui sur la jambe gauche blessée mais avec un soutien par le vélo et les bras, ce qui allège la pression. Ce problème me préoccupe car après la contre-opération j'aimerai faire rapidement du home-trainer avec mon vélo de route posé sur un cylindre. Il est alors plus haut et il n'est pas possible de l'incliner, aussi  j'ai essayé 2 solutions en prévision :


1- Habituellement le pied gauche est pratiquement dans l'axe du vélo au moment de l'enjamber avec la droite. Je l'ai positionné perpendiculaire au vélo, ce qui réduit de près de 90° l'angle formé par les 2 jambes au moment d'enfourcher, ce qui réduit la traction et supprime la douleur. Il faut ensuite déplacer le bassin une fois sur la selle pour se repositionner dans l'axe. De même pour descendre du vélo. Le soulagement est réel. Tous les détails comptent !


2- Puis j'en arrive à penser qu'on pourrait aussi enjamber par l'avant ! Pas très "grand cycliste" mais effectivement, cela réduit aussi la traction sur la région du col qui s'exerce dans le mouvement habituel dans 2 directions : le buste qui plonge en avant et la jambe lancée en arrière. Tout cela ne sont que petits détails futiles quand tout marche bien, mais quand il y a un grain de sable il faut rechercher autre chose. Cependant, je préfère l'autre solution qui me paraît plus sûre car le passage du pied au dessus du guidon n'est pas évident. 


Les anesthésiants

 

Six mois après l'opération j'ai fait une expérience intéressante avec la technique futuriste développée par le laboratoire Immergence (laboratoireimmergence.fr) qui pratique des tests par résonance cellulaire : on tient le fil de masse dans une main, une électrode est positionnée dans le creux de l'autre main pendant qu'une autre électrode teste des produits placés dans des ampoules conductrices. Plusieurs centaines de produits peuvent être ainsi très rapidement testés. Quand le produit testé correspond à un problème chez le patient ou quand il lui est adapté si c'est un  traitement qu'on recherche, un signal retentit.

On peut évidemment s'interroger sur la validité d'un tel test et se demander si c'est une arnaque ou pas. Mais j'ai fait une expérience que je suis obligé de reconnaître plutôt probante :


Deux produits sont ainsi sortis pour moi : morphinum 200K et valium 200K. De la morphine, j'en avais eu pour mon anesthésie et j'avais déjà pris des doses de morphinum en 200K mais aussi en 1000K et 10000K mais cela n'aurait pas suffi, l'appareil ayant détecté que c'était encore nécessaire. Après l'opération j'avais demandé à l'anesthésiste la liste des produits qui m'avaient été injectés (c'est important  de les connaître). Le terme valium n'était pas mentionné mais certains produits pouvaient en contenir ou en être très proches. Tous les produits utilisables en anesthésie n'ont évidemment pas été testés et l'appareil a sorti ce qu'il y avait de plus proche.


L'anesthésiste n'avait pas lésiné sur les quantités d'anesthésiants car le réveil de la partie inférieure du corps, la seule anesthésiée, avait été long. En fait, par manque de coordination avec le chirurgien qui m'avait dit que ce ne serait pas long, l'anesthésiste m'avait mis beaucoup trop de produits pour une opération plus courte qu'elle n'imaginait. Mais après il faut éliminer les produits et c'est beaucoup plus long qu'on ne l'imagine. De plus, cela augmente sans doute le risque d'y devenir allergique. C'est vraiment dommage ce manque de concertation et de coordination qui ne demande pourtant que quelques secondes.


L'appareil du laboratoire Immergence réagit de façon "objective", c'est à dire qu'il n'est  influencé ni par le testeur ni par le testé, c'est indéniable. De plus, le testeur ne savait pas que j'avais eu une opération récente et n'avait donc aucune raison de sortir ces produits plutôt que d'autres plus courants au cas où il aurait disposé d'une pédale sous la table pour faire sonner l'appareil au moment de son choix !


L'appareil permet aussi de tester les organes : 2 sont sortis, la hanche et le plexus solaire ! Or le plexus solaire est un nœud émotionnel qui donne justement cette peur au ventre qui me tenaillait fortement à l'époque. Je dois reconnaître que j'ai été impressionné. Un bémol cependant, les produits proposés par le laboratoire Immergence et qui sont également testés pour traiter les problèmes ainsi soulevés, sont très chers, trop chers...Mais la méthode paraît très intéressante, il faut aussi le reconnaître.


En vélo

 

Par sécurité je roule sur la route uniquement avec un VTT aux pneus larges. Dans les côtes à très forts pourcentages (plus de 15%) j'ai pu passer du 24x26 (24 à l'avant) au 24x23. Cela paraîtra être de très petits développements mais ils me sont indispensables car pendant plusieurs mois je ne pouvais pas monter régulièrement avec 24x23 qui provoquait une douleur persistante.  Malgré un engin beaucoup plus lourd et moins performant que mon vélo de route je parviens parfois à enchainer la même côte dans des temps moyens proches de ceux que je faisais avec mon vélo de route. Avoir noté des temps permet et permettra des comparaisons intéressantes quand je reprendrai le vélo de route.

 

Le coureur cycliste professionnel David Moncoutié (Cofidis), qui s'était cassé de la même façon le 5 mai 2007 dans le Tour de Romandie, reconnaît un déficit musculaire côté gauche. Il dispose de tout un encadrement et d'un kiné avec lequel il a spécifiquement travaillé pour cela. En juillet 2008 il a fait le Tour de France et a très bien figuré ensuite dans le Tour d'Espagne puisqu'il a remporté le classement du meilleur grimpeur dans ce Tour particulièrement montagneux. Tout cela est encourageant.

Dans le Tour de France, Laurent Jalabert,  qui suivait en moto en commentant pour France 2, disait qu'il était tétanisé dans les descentes des cols. Certes, il était obligé de descendre à une autre allure que la mienne ! C'est d'ailleurs ce qui m'inquiète quand je retournerai en montagne : les descentes, beaucoup plus que les montées ! Je rêve d'une route qui monterait jusqu'à la Lune...


Préparer la contre-opération

Le 28 janvier j'ai rendez-vous avec un chirurgien pour faire le bilan de la consolidation et décider de la suite des événements. J'attends donc ce jour avec grand intérêt, naturellement !

En attendant, il s'agit de continuer à travailler en particulier les étirements car un muscle souple récupère toujours mieux et il faut aussi que le côté droit soit au mieux pour porter l'ensemble au début. La suite pour de nouvelles aventures....