NON, résolument NON !!!

 

Depuis qu'une députée a relancé le débat avec une proposition de loi pour les moins de16 ans de nombreuses associations ou sites ont avancé leurs arguments contre cette mesure qui pourrait n'être qu'un début vers une obligation généralisée du port du casque pour les cyclistes comme en témoigne cette proposition de loi déposée le 9 juin 2010 à l'Assemblée Nationale par 66 députés :

" En circulation, tout conducteur ou passager d’un cycle doit être coiffé d’un casque de type homologué. Ce casque doit être attaché.

« Tout conducteur ou passager doit porter un gilet de haute visibilité conforme à la réglementation."

 

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 Voilà comment je monte un col en été, le casque au guidon avec un vêtement coupe-vent et un gilet haute visibilité à l'intérieur du casque. C'est très rationnel et qu'on ne me dise pas que je vais tomber sur la tête même si la pente a été un peu exagérée par le photographe (professionnel) qui est resté dans le même lacet du Tourmalet (le dernier côté Barèges) pendant des jours pour photographier tous les cyclistes qui montaient ...Et s'il y a du brouillard, je mets le gilet haute visibilité dans la montée. Mais pas en plein soleil !!! Non !!! J'ai collé des carrés haute visibilité sur le sac, devant et surtout derrière.

 

Ce n'est pas nouveau, comme en témoigne ce lien vers la proposition de loi déposée en 2003 par deux députés :

"Article 1er

Le port d'un casque de protection lors de tout déplacement à bicyclette est obligatoire."

 

Cet article n'est pas un plaidoyer contre le port du casque. Au contraire, je le porte la plupart du temps. Il est seulement contre son obligation car le port du casque en vélo doit être compris et accepté et il existe des circonstances qu'aucune loi ne pourra prévoir où son utilisation sera impossible, difficile voire nuisible comme je tente de l'expliquer ici.

 

En montagne je porte un casque dans les descentes de cols mais je l'accroche au guidon pour les montées avec à l'intérieur un vêtement pour me couvrir dans les descentes comme en témoigne la photo.

Imposer à des cyclistes, quand ils montent le Ventoux au mois d'août à 15 heures en plein soleil avec un casque sur la tête et un gilet jaune par dessus le maillot alors qu'ils sont seuls à moins de 10 à l'heure et que les voitures s'entendent de loin est non seulement aberrant mais dangereux en raison de la surchauffe au niveau de la tête et du thorax, de la transpiration supplémentaire engendrée et de l'impossibilité pour la sueur de s'évacuer complètement malgré les aération. Il y a 1 mois j'ai fait plus de 10 heures de montée dans la même journée dans les Pyrénées. Ce serait beaucoup plus pénible voire dangereux de faire la même chose avec un casque, surtout par forte chaleur. Car attention, ce n'est pas la chaleur extérieure qu'il faut empêcher d'entrer mais la chaleur produite par l'effort physique que le corps doit pouvoir évacuer. L'effort physique engendre une élévation de la température du corps. Les casques vélo sont fait en polystyrène qui est un isolant thermique ralentissant les échanges thermique dans les 2 sens et c'est là l'un des problèmes.

Faut-il, pour réduire les conséquences, dans ces conditions, d'un très improbable accident de la circulation avec chute sur la tête, augmenter les risques d'un grave accident circulatoire ? Car enfin, quelles sont les statistiques d'accidents de cyclistes avec chute sur la tête dans la montée d'un col ?

Additif 10 septembre 2010

Je viens de prendre connaissance, sur un blog, d'un accident survenu à un cycliste chevronné, encore jeune, adepte des longues distances et des gros dénivelés ainsi que son épouse. Il a fait, qui plus est à l'étranger, en Italie, une chute de vélo consécutive à une perte de connaissance. Extrait du récit :

"PS 2 : par hasard, nous tombons sur le récit d'un cycliste qui parle d'un malaise vagal au cours du RPE 2009. C'est là que nous comprenons que Mark en a été victime également. Jusque là il était incapable d'expliquer sa chute : pas de fatigue, pas de signe d'endormissement (il était 19h), mais subitement, réveil avec les secours, aucun souvenir de l'accident. Le malaise vagal peut être causé par un stress, une chaleur et une fatigue excessive, c'est l'alimentation du cerveau qui se stoppe momentanément. Voilà peut être l'explication, mais qui n'est pas rassurante pour autant car si on sait comment lutter contre le sommeil, comment prévenir un tel abandon de conscience ? ça fait peur..."

Et si le port prolongé du casque sous la chaleur et l'effort avait été la goutte d'eau ayant fait débordé le vase ? Je pose simplement la question mais il faut s'interroger sérieusement, très sérieusement.   A noter qu'il était 19h, donc il avait pédalé toute la journée (et la veille aussi) comme en témoigne le récit.

 Je vais maintenant apporter mes témoignages car je porte le casque et j'ai fait 3 chutes notables en vélo.

1- Ma première chute notable en vélo s'est produite en 1969 à Bagnères de Bigorre. Dans cette ville, la route qui la traverse porte aussi une voie ferrée pratiquement dans l'axe de la route et que je devais franchir. Confronté à cette difficulté, j'ai essayé de biaiser ma trajectoire, mais pas suffisamment et ma roue arrière est restée dans la voie d'où un magistral gadin sur le côté droit. Ce furent le coude et la tête qui ont encaissé le choc. J'ai effectivement vu 36 chandelles et j'ai eu très mal au coude. Je saignais un peu à la tête mais j'ai pu rejoindre le camping de Campan où j'étais installé. Là il y avait une infirmière en vacances qui m'a soigné.

Je suis passé de nouveau à Bagnères en 2002. J'ai constaté qu'il y avait des sortes de membranes souples autour des rails qui permettaient de les franchir sans danger. Bien sûr, en 1969 je ne portais pas de casque mais il est évident que les principaux responsables étaient d'abord les concepteurs de l'installation des rails dans ces conditions et les autorités.

J'imagine que je n'ai pas été le seul cycliste à faire une telle chute à cette endroit et que certaines ont pu être graves pour qu'ils fassent ce genre de travaux...

Additif 8/12/2010 : Je me souviens maintenant avoir un jour entendu au JT qu'il y avait eu un grave accident de cyclistes sur une voie ferrée à Bagnères de Bigorre...

 

2- En 2000 je faisais du VTT sur la route du Capet,  une piste qui se prend à Super-Barèges et va en direction des par-avalanches installés pour protéger Barèges. En travers de la piste il y a une large grille formée de poutrelles comme on en trouve par exemple à 1 kilomètre du sommet de Luz-Ardiden ou  sur la route du cirque de Troumouse. Dans ces 2 cas les poutrelles sont, bien évidemment, perpendiculaires à la route mais sur la route du Capet elles sont parallèles à celle-ci !!! A la montée je prends en diagonale et je fais de même à la descente. Mais la piste est étroite et comme j'allais sans doute un peu plus vite, je redresse un peu trop tôt et ma roue avant plonge dans le vide entre 2 poutrelles. Je fais un vol plané en avant. La tête et le bras supportent l'atterrissage. J'avais un casque,  bien ! Mais là encore la principale responsabilité devrait revenir à ceux qui ont installé les poutrelles ainsi. Parce que c'était plus commode en évitant la pose de poutres en béton pour poser les poutrelles ? Probable ...Mais si je n'avais pu me relever j'aurais pu y passer la nuit...

De manière générale, il serait dangereux que les autorités puissent croire qu'ayant rendu obligatoire le port du casque et du gilet haute visibilité pour les cycliste elles  auraient fait pour eux tout ce qu'elles pouvaient faire...

En 1999 le Tour de France passait à 10 kilomètres de mon domicile. La DDE (Direction départementale de l'équipement) était sur les dents plusieurs mois auparavant pour paufiner les routes. Reportage de son action à la télé régionale : ils ont parcouru en VTT les routes empruntées par le Tour afin de mieux se rendre compte des difficultés comme le reconnait son directeur. Ainsi, dit-il, nous avons constaté que certaines plaques pour l'évacuation des eaux de pluies étaient posées dans le mauvais sens et que des roues de vélo pourraient s'enfoncer dans les interstices. Eh oui, il a fallu le passage du Tour pour y penser ! Il y en a une mal posée à 2 kilomètres de mon domicile mais le Tour ne passait pas à cet endroit...

 

3- Le 24 décembre 2007 j'ai dérapé sur le verglas à 14h35 dans une descente très ombragée alors qu'il faisait soleil et que la route avait été parfaitement sèche jusque là. La route passait sans transition du sec au verglas blanc. Au printemps 2010 la haie épaisse et haute qui bloquait les rayons du soleil a été supprimée, probablement à la suite d'un hiver long et froid qui a dû gêner souvent la circulation dans ce passage. Je suis tombé sur la hanche qui a cassé mais la tête n'a pas touché le sol. Là encore, ce sont plus les améliorations de la route qui pourraient réduire le nombre et la gravité des accidents que le port du casque.

 

En résumé et conclusion : bien sûr que le port du casque pour les cyclistes a son utilité, mais pas en permanence ni en toutes circonstances et donc pas d'une façon obligatoire et contraignante. Ceux qui veulent rendre le port du casque obligatoire veulent sans doute bien faire mais les pratiques cyclistes sont multiples et ce qui sera opportun dans une circonstance ou pour une pratique deviendra  inopportun voire néfaste dans  une autre. Il ne faut pas oublier qu'un  cycliste peut faire de très gros efforts sur sa machine et que le casque qui est en matière isolante ralentit les transferts thermiques du corps vers l'extérieur d'où un risque d'élévation plus importante de la température du corps sous l'action de l'effort.

On peut dire : oui mais les coureurs du Tour de France ? D'abord ils étaient contre l'obligation de porter le casque en course, il devait y avoir une raison. Par ailleurs, ils sont jeunes, très entrainés, vont beaucoup plus vite, d'où une évaporation plus importante de la sueur et un temps moins long d'exposition par rapport à beaucoup de cyclistes plus lents mais qui font autant ou plus de kilomètres. De plus, ils sont approvisionnés constamment en eau pour boire et s'arroser. Quand ils avaient encore le droit de faire la dernière montée sans casques  ils s'empressaient de les jeter à terre pour les faire récupérer par les soigneurs.

Ajoutons que leurs casques coûtent 150 ou 200 euros alors que ceux du commerce courant sont à 20 euros, ça peut faire une différence ! En présentant son projet, la députée disait que les casques avaient fait beaucoup de progrès. Oui mais lesquels ?

 

Cet article, que j'ai mis en ligne le 26 août 2010,  m'a valu la visite de cyclistes du site VéloTrainer. Ils sont très favorables au port du casque en vélo. Moi aussi et d'ailleurs je le porte la plupart du temps sauf, comme je j'ai expliqué, dans les montées des cols alors que je roule seul et non en groupe et à 10 à l'heure. Par contre, si je pense qu'il faut poursuivre l'éducation en faveur du port du casque je pense aussi, comme bien d'autres, que l'obligation serait une mauvaise mesure pour de multiples raisons qui ne sont pas uniquement celles que j'avais exposées. Obligation signifie en effet qu'il ne sera plus possible de monter sur une bicyclette sur la voie publique sans avoir un casque sous peine de risquer d'être verbalisé.

 

Voici d'abord les remarques faites sur le forum cité à propos de mon article :

 

« Y doit avoir un casque a 2 balles ce mec, j'ai roulé cet apréme sous 41°,*  le casque ne m'a pas gêné du tout!  Les casques derniers modèles sont tellement aérés que tu as moins chaud avec que sans »

« Exact, il est prouvé que l'on a moins chaud avec un casque que sans, tout simplement parce qu'il est fabriqué en polystyrène, matériau très isolant »

* Il faut beaucoup se méfier des températures affichées par les compteurs vélos, surtout sous le soleil en raison de l'effet four.

 

 

A ces objections  je réponds que j'ai un bon casque bien aéré et en polystyrène bien sûr  et non pas un casque lourd de militaires en manœuvre guerrière ! Mais justement, comme je l'ai déjà dit c'est là le problème car il ne s'agit pas, comme dans une maison, de s'isoler de la chaleur extérieure mais de permettre à la chaleur intérieure produite par l'effort physique de quitter le corps et l'isolant thermique fonctionne dans les 2 sens...

Mon entrainement consiste, ''à la maison'', à monter de nombreuses fois la même côte de 90m  de dénivelé à 11% de moyenne, jusqu'à 28 fois à suivre et assez souvent 22 ou 16. Dans ces conditions je porte le casque tout le long de l'exercice. Je suis obligé de constater que les bandes protectrices de mousse sont alors totalement imbibées de sueur, ce qui m'oblige à laisser sécher le casque au soleil avant de le reprendre. Au cours de mon dernier stage en montagne il y a un mois, alors que j'ai fait jusqu'à 7000m de dénivelé dans la journée, et donc en montant toute la journée y compris sous le soleil (plus de 10 h de montée le 27 juillet, jour de grand soleil), l'intérieur du casque était sec, preuve irréfutable que la sueur des montées s'évapore quand je ne porte pas le casque et reste dans la mousse dans le cas contraire. A la longue, ça devient pour le moins très inconfortable. Et encore, je ne sue pas énormément contrairement à mon voisin de camping qui me disait être obligé de mettre un bandala sur le front pour éviter que la sueur coule dans les yeux quand il monte  un col.

Quand les coureurs du Tour avaient encore le droit de ne pas garder le casque quand l'arrivée était au sommet d'une montée de plus de 5 kilomètres, aucun ne le gardait, ce qui laisse supposer qu'ils avaient une raison. Je me souviens des images d'Amstrong et de ses équipiers qui lançaient tous leur casque en même temps au même endroit sur le bord de la route, le commentateur expliquant qu'il y avait un soigneur pour les récupérer, l'opération étant pilotée par radio. A l'époque, il était dit constamment que les coureurs étaient contre le port obligatoire du casque, tout particulièrement dans les montées des cols. Il devait donc y avoir une raison qui n'a sans doute pas totalement disparu malgré les progrès du matériel.

 

 

Je connais un cycliste qui ne peut porter le casque car sous l'effort il y a des petits capillaires du front qui se dilatent, formant une marque rouge mettant plusieurs mois pour se résorber. Faudra-t-il des certificats de contre-indications à montrer au gendarme en admettant que  la loi éventuelle l'ait prévu ? Il peut aussi y avoir des impossibilités temporaires à porter le casque comme une blessure à la tête ou à la mâchoire. Ces personnes seront-elles interdites de bicyclette même pour aller chercher le pain le dimanche matin quand la circulation automobile est faible ?

 

Certains, aux faibles moyens financiers, ont besoin de leur vieux clou rouillé pour de petits déplacements utilitaires. Va-t-on leur imposer de se priver de pain pendant 3 semaines pour se payer un casque ou les obliger à fouiller dans les poubelles pour en récupérer un qui ne leur sera d'aucune utilité en cas de choc mais juste pour bluffer les gendarmes qui pourraient avoir autre chose de plus utile à faire ?

 

Pour qu'un casque soit utile il faut qu'il soit très bien ajusté et un peu serré. En cas d'obligation, verra-t-on des casques portées avec des jugulaires pendantes, des casques trop petits ou trop grands ? Oui sans doute, ce serait inévitable. C'est bien pourquoi la démarche doit être comprise, acceptée, volontaire et donc en aucun cas obligatoire.

 

Enfin, comme le disent certaines associations, quand l'Australie a rendu obligatoire le port du casque, l'utilisation de la bicyclette en ville a chuté de 30%. C'est ce qu'on veut ?

On peut aussi lire  sur le sujet :

Une étude de l'InVS sur les accidents et le port du casque : si le casque semble réduire la gravité des accidents à la tête on ne peut exclure que le port du casque puisse accroître la  fréquence et la gravité des blessures au cou en raison du poids du casque.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/51/16/98/PDF/CVA2-rapport.pdf 

http://www.securite-routiere.org/vehicules/casquevelo.htm

En anglais, un article pour plaider pour le droit de ne pas porter un casque en vélo :

http://www.bikeradar.com/news/article/uk-cycling-minister-defends-right-not-to-wear-a-helmet-29874